Rencontre avec Isabelle Koch

 

Rencontre avec Isabelle Koch, professeure de yoga

par Josée Couvelaere (éditée par Abel Ségrétin)
Extraits de "La Page"  no.71 avril-mai 2006

 

De la danse au hatha-yoga
Depuis l’ouverture du gymnase Rosa Parks, Isabelle, qui donnait ses cours dans les 20m2 du théâtre du “Dé à Coudre” rue de l’Eure, a trouvé la salle de ses rêves : 100m2 à deux pas de chez elle !
Son itinéraire est digne d’une héroïne de roman. Isabelle se destinait à une carrière de danseuse. Petit rat de l’Opéra de Paris à 11 ans, son parcours scolaire et artistique s’est déroulé dans des écoles prestigieuses : rue Chaplin d’abord, où elle suit les cours de la danseuse russe Irina Gredgbina. Puis, de 12 ans à 14 ans, elle est interne à l’école de danse dirigée par Rosella Hightower, à Cannes. “En tant que première ballerine de la troupe du marquis de Cuevas, me dit Isabelle, elle avait fait le tour du monde et dansé avec des partenaires exceptionnels comme Noureev”. Cette école, très prisée, forme des danseurs et chorégraphes de niveau international. C’est à cette époque qu’Isabelle découvre le yoga, “une technique corporelle de relaxation et de développement harmonieux du corps”. A 14 ans, elle est à la Schola Cantorum à Paris. Les cours scolaires ont lieu le matin, les après-midi sont réservés à l’étude de la danse classique et contemporaine, à la musique, au chant et au théâtre. Élève douée, la consécration arrive en 1973 avec la réussite, à 16 ans, du concours lui ouvrant les portes de l’école de Béjart, la fameuse Mudra, à Bruxelles. “J’étais admise à l’école du Dieu des danseurs ! C’était si difficile d’y entrer : chaque année une douzaine d’élèves seulement était prise sur des centaines de candidatures !”. Mais Isabelle déchante vite, le despotisme de Béjart et les rivalités intestines féroces la rendent malheureuse. Alors qu’elle réalise son rêve, elle quitte brusquement l’école. “C’était comme une prison, me dit-elle, il fallait renoncer à tout, à ma jeunesse, à l’amour, travailler jusqu’à l’épuisement…J’ai craqué”. Seule et découragée, elle n’arrive plus à danser. Son rapport au corps est trop douloureux. Elle souffre de perte d’identité et essaie de retrouver ses racines. De ses parents, tous deux sculpteurs, elle me raconte la jeunesse massacrée. Son père, seul survivant de sa famille exterminée par les nazis, avait pu être “sorti” d’Allemagne grâce à un réseau d’aide aux enfants juifs. Elle évoque la traque acharnée de ces enfants par la police de Vichy, jusque dans les coins les plus reculés de France. En 1979, Isabelle décide de quitter l’Europe. “C’était un défi, je voulais partir à l’aventure, découvrir les « archipels sidéraux » de Rimbaud !”. Elle va d’abord en Israël, passe quelques mois dans un kibboutz, puis, parcourt l’Asie et l’Océanie et reste cinq ans en Nouvelle Zélande. Elle est enfin réconciliée avec son corps. “J’ai redécouvert l’amour” me confie-t-elle, “cette fête des sens m’a ramenée à la danse et au yoga”.

La quête de soi
A son retour à Paris, Isabelle se perfectionne en travaillant les postures et le souffle. Son maître est Shri Mahesh (1). Elle acquiert une maîtrise exceptionnelle des asanas (2) et obtient un diplôme de la fédération française de Hatha Yoga. Elle explique : “Dans le yoga, le contrôle de la respiration est fondamental, il permet la recherche maximale de perceptions en nous délivrant des tensions physiques et psychiques. Ce n’est pas une conquête mais une quête de soi-même”. Le yoga peut se pratiquer à tout âge. Isabelle a écrit et illustré un très beau livre d’initiation au yoga destiné aux enfants (3) : “Pour les plus jeunes, il est une bonne préparation à n’importe quelle activité et améliore la concentration. Il prépare les futures mamans à l’accouchement en douceur et aide à retarder le vieillissement”. Contrairement à la gymnastique, “le yoga fait travailler tout le corps, il agit sur la circulation du sang et assure un bon fonctionnement des viscères”. Il est vrai que les personnes âgées qui pratiquent le yoga ont souvent une souplesse et une vitalité étonnantes. “C’est plus efficace et moins cher que des soins esthétiques !” remarque Isabelle en riant. Le yoga est également recommandé aux patients en cure post-opératoire, à ceux qui souffrent de “mal au dos” chronique ou, tout simplement, pour le plaisir d’être bien dans son corps et sa tête.
Isabelle est un professeur recherché pour la qualité de son enseignement. Elle est à l’écoute de ses élèves et sait créer une atmosphère chaleureuse. Outre ses cours au gymnase Rosa Parks et à la Fédération française de Hatha Yoga, elle enseigne au ministère de l’Éducation nationale, à la Maison de Naissance de la maternité des Bluets, et à la maternité des Lilas depuis plus de vingt ans. Isabelle est aussi une artiste d'une grande sensibilité. Peinture, dessin, mais surtout sculpture nourrissent sa pratique. Elle me confie avoir beaucoup appris de son père, Gérard Koch, sculpteur reconnu (4), de son parrain Simha Arom, ethnomusicologue exceptionnel (5) et de son frère, peintre. “L’art fait partie de ma vie depuis l’enfance et je l’intègre dans mes stages”. Elle organise parfois en été des stages associant Yoga et sculpture dans sa charmante maison du Larzac.  “Il y a une complémentarité des deux pratiques. Par exemple je propose aux élèves de modeler avec leurs mains leur vision du corps après la pratique du Yoga".

Josée Couvelaere

(1) Shri Mahesh: maître indien qui a développé le Yoga en France. Présentation ici.
(2) Asanas = science des postures (en sanscrit) que le corps peut prendre en combinaison avec le souffle.
(3) “Like a fish in water”. En vente sur Amazon ici.

(4) Voir son oeuvre ici.
(5) Auteur d’une anthologie discographique de la musique des Pygmées Aka.

Musique de Yom & Wang Li